Argumentaire

Éléments de contexte

Croiser analyse des (im)mobilités et cartographie

Croiser la question des mobilités avec celle de leur représentation sous une forme cartographique est d’une fertilité évidente. Pour rappel, avec la Table de Peutinger, datant de l’époque romaine, la réalité de l’espace géographique était modelée au service d’un objectif : fournir aux contemporains des itinéraires permettant de se déplacer et de se localiser dans l’Empire. Dans une société où les déplacements de personnes, d’informations ou de marchandises n’ont jamais été aussi nombreux, force est de constater leurs effets sur le fonctionnement économique et, plus largement, sur celui de la société. Dans ce contexte, le rapprochement entre une réalité fonctionnelle, les mobilités, et ses modalités de représentation cartographique, aux vertus tant didactiques que pratiques et opérationnelles, n’a jamais été aussi utile. Ce constat est d’ailleurs renforcé, d’une part, par l’extension du mouvement général d’ouverture des données (opendata), notamment celles qui décrivent des déplacements, des transports ; d’autre part, par l’amélioration de leurs possibilités techniques de manipulation à des fins d’exploration, d’analyse et de représentation de l’espace. Ces nouvelles possibilités entraînent par ailleurs le renouvellement des pratiques et des expériences de mobilité, dont celles liées à la capacité de situation ou de repérage en temps réel.

Les évolutions technologiques récentes (multiples géolocalisations, nouveaux prestataires sur différents supports et dans des formats variés, statiques, numériques ou applicatifs) accompagnent les transformations sociétales contemporaines qui ont érigé la mobilité – fait social total – comme une valeur centrale.

Ces éléments amènent à réfléchir au couple « mobilité/cartographie » : aux mobilités, prises au sens large et à leurs représentations cartographiques, selon différentes thématiques et sur des supports variés.

La pluralité des questionnements inhérents à cette double entrée, leur dimension à la fois sociétale et technique, font de ce colloque un lieu d’interconnaissance et d’échanges en vue d’« une fertilisation croisée » (Bunge, 1962) entre chercheurs, ingénieurs et praticiens où interdisciplinarité, transversalité et ouverture sont les maîtres mots de la compréhension de situations à la complexité croissante.

Argumentaire

L’avènement du geoweb (Joliveau et al., 2013), les nouveaux dispositifs de mesure, les nouveaux usages, les possibilités de collecte de données, les infrastructures de géolocalisation et de transport caractérisent notre vie actuelle de citoyens, de chercheurs et de professionnels. L’observation, l’analyse et la représentation de nos mobilités spatiales, malgré leur caractère polysémique, multiscalaire, sont d’autant plus facilités que le mouvement général d’ouverture des données s’est étendu à celles qui relèvent de déplacements ou des transports.

Les mobilités, individuelles, en groupe ou agrégées sous la forme de flux ou « de mouvement des transports » (Minard, 1869) sont caractérisées par une polysémie intrinsèque. Elles peuvent être définies a minima comme le déplacement (ou la circulation) réalisé(e), en cours ou en projet, d’individus au sens statistique (personnes ou passagers, objets, marchandises ou encore idées et informations) dans un espace-temps géographique donné. Elles peuvent aussi être appréhendées de différentes manières selon que l’on s’intéresse à leurs arrangements (au sens de W.R. Tobler), à leurs motifs spatiaux (patterns), à un niveau de résolution spatiale ou temporelle, à leur motif de déplacement (loisir, travail ou étude, changement de résidence…), aux modes de transport dont elles font l’objet (piéton, ferroviaire, routier…), ainsi qu’à leur dispositif d’observation ou de mesure (outil, enquête…), de planification et de suivi, etc.

Les modalités d’expression cartographique des mobilités relèvent de plusieurs fonctions telles que la collecte, l’exploration, la description, l’analyse et la synthèse… le repérage, la planification, la communication… pour saisir leur impact sur un territoire ou sur une expérience individuelle ou collective.

Cette polysémie des mobilités étend ses possibilités d’expression cartographique, en lien avec les multiples fonctions de la carte quels que soient leur échelle géographique de mesure, leur niveau d’observation, d’expression ou de représentation, leur temporalité et leur support. À cet égard, le processus de cartographie, en donnant à voir ces mobilités dans leur contexte, est un excellent outil d’analyse et de compréhension de leurs déterminants spatiaux.

En effet, cartographier les mobilités, des circulations, des flux et des déplacements revêt plusieurs objectifs : explorer l’expression de déplacements sur un territoire, de manière rétrospective ou en temps réel ; décrire le fonctionnement, la dynamique de ce territoire ; examiner les conséquences de la mise en œuvre d’une politique ; construire une prospective sur un territoire donné.

Le colloque Tous (im)mobiles, tous cartographes ? souhaite mettre l’accent sur la variété des modalités d’expression cartographique des mobilités, des circulations, des flux et des déplacements, en particulier sur les nouvelles données, les nouvelles méthodes de production cartographique, depuis la collecte, le traitement, la représentation des mobilités et leur diffusion sur différents supports.

Son positionnement se veut transversal, associant, d’une part, le triptyque théorie-méthodologie-outil et, d’autre part, l’ancrage thématique autour des mobilités, des circulations, des flux et des déplacements.

  • En quoi cartographier des mobilités est-elle une pratique spécifique en cartographie ?
  • Quelles sont les contraintes et les spécificités en termes de représentation des informations spatio-temporelles, des données de mobilités ?
  • Quelles sont les solutions apportées pour y remédier ?
  • Quels verrous ou défis persistent ?
  • Quel est l’impact de ces différentes cartes auprès du public auquel elles se destinent a priori ?
  • Qu’apportent les technologies de représentation dans le  geoweb à l’observation et à l’analyse des mobilités ?
  • En quoi le  geoweb permet-il de modifier ou de renouveler l’expérience (cartographique) des mobilités ?

Références mentionnées

Bunge W., 1966 [1re éd : 1962], Theoretical Geography, Lund, Gleerup, Lund Studies in Geography, Sery C: General and Mathematical Geography, no 1, 289 p.

Harley J.B., 1995, « Cartes, savoirs et pouvoirs », in Gould P., Bailly A. [textes éd. par], Le Pouvoir des cartes. Brian Harley et la cartographie, Paris, Economica Anthropos, 120 p.

Joliveau T., Noucher M., Roche S., 2013, « La cartographie 2.0, vers une approche critique d’un nouveau régime cartographique », L’Information géographique, vol. 77, no 4, p. 29-46. halshs-00923443 [consulté le 20/03/2020].

Minard C.-J. (1869), La Statistique, Bibliothèque numérique patrimoniale des Ponts-et-Chaussées [consulté le 04/03/2020].

Tobler W.R., 1976, “Analytical Cartography”, The American Cartographer, no 3, p. 21-31. [trad. et réimp. par Kartografiya (Moscou), 1983, no 2, p. 82-91]. DOI : https://doi.org/10.1559/152304076784080230

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